Un peu d’histoire concernant Dave Elman et l’hypnose médicale

par Marvin Allen

Cette histoire est tirée d’un article que le colonel Larry Elman, (CEO Elman Institute), a écrit pour le numéro 9 de la Fédération Internationale de l’Hypnose, en janvier 2011. Le colonel Larry Elman, est le fils de Dave Elman, l’un des plus grands hypnotiseurs de tous les temps.

La plupart des gens ont très peu de connaissances sur l’histoire de l’hypnose au tournant du siècle dernier. Dave Elman (son vrai nom était David Kopelman) était l’un des plus grands hypnothérapeutes connus. En 1908, son père (Jacob « Jake » Kopelman) mourait d’un cancer. Il a alors rencontré un hypnotiseur inconnu qui voyageait dans le Mid-West à cette époque. Grâce à l’hypnose, ce mystérieux personnage a permis à Jake de soulager la douleur chronique du cancer jusqu’à son dernier souffle, presque « normalement ».

Gil Boyne un médecin, dont son livre sur l’hypnose était un classique de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle, a prétendu que ce personnage était un homme nommé Dr. Henry Munro. Il y a beaucoup de faits et d’indications qui semblent soutenir cette thèse. En effet, le Dr Munro était un invité fréquent au domicile de Kopelman. Il a beaucoup voyagé dans cette partie du Midwest et a soigné des patients atteints de cancers en phase terminale.

Dave Elman, fils de Jake, semblait idolâtrer le Dr Munro et cela pourrait être la raison pour laquelle le Dr Munro n’a jamais été officiellement reconnu, et qu’il est restait un mystérieux hypnotiseur anonyme.

Le Dr Munro, à l’époque, affirma, lors d’ une réunion de l’une des plus grandes et des plus prestigieuses sociétés médicales du Midwest, qu’il était capable d’utiliser l’hypnose à des fins anesthésiques. C’est alors que le public irrité et incrédule a chassé le Dr Munro de la scène. Dans sa colère, il a demandé aux organisateurs de sortir dans les rues et de ramener 100 personnes choisies au hasard. Le Dr Munro a hypnotisé chacun d’entre eux, les a anesthésiés avec seulement une induction, et a demandé à ses détracteurs de les examiner. Il a réussi avec les 100 personnes. Pas un seul échec dans l’induction de la transe, ni dans l’anesthésie hypnotique. Après cela, il a tout de même été expulsé de la société. Et, bien qu’il ait continué à pratiquer la médecine, la plupart des autres médecins l’ont évité.

Dans la même période, les frères Mayo devinrent connus comme d’illustres chirurgiens. La prestigieuse Clinique Mayo utilisait l’hypnose anesthésique. Une infirmière nommée «Alice Magaw» était l’infirmière anesthésiste qui a assisté à toutes les interventions chirurgicales des frères Mayo. Rappelons qu’à l’époque, le taux de mortalité attribuable à l’administration incorrecte d’anesthésiques chimiques était supérieur au taux de mortalité de l’acte chirurgical. (Les choses ont-elles beaucoup changé depuis?) C’était vrai partout en Amérique et en Europe. De nombreux propos étaient fréquents tels que «L’opération a été un succès mais le patient est mort» et «Si l’opération ne vous tue pas, le médecin le fera ». C’était des blagues fréquentes dans les années 1900… Elles décrivent finalement avec précision les dangers de l’anesthésie chimique de l’époque et le taux de mortalité élevé qui en résultent. En revanche, Alice Magaw a essentiellement travaillé sur l’utilisation de l’hypnose médicale pour toutes les anesthésies. En raison du préjugé contre l’hypnose parmi certains groupes religieux, ce point n’était pas mentionné, ni même reconnu à la création de la Clinique Mayo. Cependant, après plus de 14 000 opérations réussies dans lesquelles il n’y a pas eu un seul décès par anesthésie hypnotique, la Clinique Mayo s’est imposée comme l’hôpital le plus sûr d’Amérique et peut-être dans le monde. Ce n’est qu’après qu’Alice Magaw a enfin donné des conférences sur l’anesthésie hypnotique devant plusieurs sociétés médicales savantes.

Le Dr Munro utilisait l’approche d’Alice Magaw en matière d’anesthésie hypnotique.

Les frères Mayo et le Dr Munro ont échangé des données sur l’hypnose médicale; et le Dr Munro se rendait périodiquement à leur clinique de Rochester, dans le Minnesota. Leur accord précisait que, pour protéger la Clinique des critiques, cela ne serait pas reconnu publiquement. La famille Kopelman était probablement au courant de cet arrangement et a accepté de ne pas divulguer pourquoi le Dr Munro était passé si souvent à Fargo. Apparemment, Dave Elman a tenu la promesse de la famille et le Dr Munro est devenu «l’hypnotiseur mystérieux anonyme non identifié voyageant dans le Midwest.

Jake Kopelman a laissé quelques livres sur l’hypnose et Dave a commencé à les lire. Toutes les méthodes décrites utilisaient une forme de fatigue oculaire pour obtenir une induction ou une fixation profonde. Des choses comme balancer un pendule, ou balancer une montre pré-dominaient dans ces livres. Dave a approché l’ophtalmologiste local qui lui a expliqué que l’œil humain a évolué pour être efficace dans les sursauts, la rapidité, mais pas dans la fixation et dans les mouvements plus lents. Les yeux tournent autour. Dave Elman a immédiatement conclu que toute méthode de fatigue oculaire fonctionnerait. Elman a lu « Suggestive Therapeutics » par H. Bernheim, et a dit qu’il était « le livre le plus honnête sur l’hypnose jamais écrit. » Bernheim a signalé ses échecs avec le même soin et la précision qu’il a rapporté ses succès: une exigence majeure pour l’application correcte de la méthode scientifique.

Bernheim a observé que ses patients entraient à chacune de leur visite dans des états encore plus profonds de transe hypnotique. Elman, à cette époque, était au collège, et se demandait pourquoi Bernheim ne faisait pas émerger ses patients, puis les envoyait dans la salle d’attente pour cinq minutes, puis les ré-induisait à nouveau. Alors Elman a commencé à expérimenter cela sur ses camarades de classe, ce qui a mené directement à deux éléments importants dans sa théorie et sa pratique de l’hypnose: la THÉORIE DE LA COMPOSITION DE LA SUGGESTION et de la FRACTIONNEMENT qu’Elman appelait «Trois visites à Berheim» en l’honneur d’où il a appris la base de cette procédure.

Dave, a passé plusieurs années dans le vaudeville, a joué en tant que comique stand-up, un peu comme acteur, musicien de jazz, mais c’était en tant qu’hypnotiseur qu’il gagnait le plus d’argent. Il devenait alors une star sont le nom était affiché au dessus de l’entrée des salles de théâtre. Mais comme « David Kopelman » était trop long à afficher, David a changé son nom pour Dave Elman. Le nom n’a été changé légalement que 20 ans plus tard, et seulement pour répondre à l’insistance de sa femme.

Dave Elman, a étudié l’hypnose et a comparé des notes avec beaucoup d’autres hypnotiseurs tout au long de sa vie. Cela a permis à Dave de devenir l’un des plus grands hypnotiseurs de tous les temps et ses techniques sont utilisées par des milliers d’hypnothérapeutes dans le monde entier encore aujourd’hui.

Traduit de l’américain

Les hypnothérapeutes sont-ils conscients de la diversité dans le domaine de l’hypnothérapie? Y a-t-il plus que Erickson vs Elman?

par Adam Eason

« Si tous les économistes se tenaient par la main, ils n’arriveraient même pas à une conclusion. » (George Bernard Shaw)

J’aurais pensé, au début de ma carrière, que cette citation pouvait être vraie dans le domaine de l’hypnothérapie, concernant les thérapeutes.

Mon podcast Hypnosis Weekly vise à rendre hommage à la diversité du domaine de l’hypnose. C’est un principe fondateur du podcast. Au cours de ces années, j’ai voulu défendre la diversité dans le domaine de l’hypnothérapie et montrer comment tous les hypnothérapeutes et les professionnels de l’hypnose peuvent bénéficier des échanges, de la recherche, du débat académique et de la diversité qui en résulte.

Cependant, mon expérience de cette dernière décennie tente à me prouver que la profondeur et la taille de cette diversité ne sont appréciés ou même connus de la majorité de ceux qui travaillent dans le domaine.

Par exemple, tout récemment, je regardais une publicité pour une conférence d’hypnose qui affirmait être ouverte à la diversité dans le domaine de l’hypnose. Les organisateurs l’ont illustré en déclarant qu’ils accueillaient les conférenciers et les délégués qui avaient des tendances Ericksoniennes ou Elmaniennes. De cette façon, cela clôt le débat unique et central et cache la diversité que ce domaine doit offrir.

Les universitaires les plus en vue dans le domaine de l’hypnose ont débattu, ont discuté, recherché. Il en résulte que la diversité explorée et proposée va au-delà d’Erickson contre Elman, croyez-le ou non. De plus, la grande majorité des universitaires ne considèrent probablement pas Elman vs Erickson comme un débat important. Cela ne signifie pas que les contributions apportées à ce domaine par ces deux hommes (que je respecte beaucoup) ne sont pas des plus importantes, mais je pense que leur travail a été surtout plus influent et central dans le domaine de l’hypnothérapie clinicienne que pour les grands chercheurs et les universitaires. Dans les nombreuses lectures de revues scientifiques que j’ai effectuées pour mes études de doctorat, qui ont inclus la lecture en détail de pratiquement toutes les études menées dans le domaine de la recherche sur l’hypnose, je n’ai pas encore trouvé de citation concernant Elman ou Erickson, ou alors de manière très éphémère et seulement lorsque qu’il s’agissait d’approches indirectes examinées et scrutées.

En outre, si vous visitez la grande majorité des forums d’hypnose sur internet, les utilisateurs tendent à être en accord avec le ton principal ou la manière de penser de ceux qui dirigent ou possèdent le forum. Si vous avez une vision radicalement dissidente, même si vous argumentez efficacement et de manière objective, vous serez reçu avec hostilité, et il est fort probable que vous ne serez plus le bienvenu. Alors, plutôt qu’explorer la diversité que ce domaine peut offrir, ils préfèrent régurgiter ce qui est déjà considéré comme la vérité telle que dictée par ceux qui détiennent les rênes.

J’ai rencontré des membres importants de l’une des plus grandes associations d’hypnothérapie du Royaume-Uni l’année dernière. Alors qu’ils me demandaient conseil sur comment développer la formation en hypnothérapie au Royaume-Uni. Je leur ai suggéré que la certification qu’ils offraient n’étaient pas toujours en adéquation avec ce que les étudiants en hypnothérapie pouvaient attendre. Je leur ai expliqué que beaucoup de concepts et des approches enseignés sont aujourd’hui scientifiquement défectueux, non prouvés et dépassés (remplacés par des résultats de recherche modernes). Mes suggestions ont été rejetées au nom de la poursuite de l’existant, de la facilité de garder les choses en l’état. Que c’était ainsi depuis le premier jour où cette certification était née, il y a une décennie. Pourquoi ne pas remettre cette formation en question? La formation professionnelle continue est, elle, un sujet important autant pour les hypnothérapeutes que pour les membres de cette organisation qui ne se fonde que selon une vieille vision dépassée de l’hypnose.

Ce genre d’attitudes qui prolifèrent dans le domaine de l’hypnothérapie ont tendance à empêcher de créer une culture vivante de croissance et de développement. Cela me paraît honteux. Tant que les gens continueront à s’attacher à leur acquis, à défendre et perpétrer la même rhétorique, retranchés dans le même dogme,  ils n’évolueront pas, et entraineront avec eux, toute la profession. Les hypnothérapeutes en cabinet sont le cœur battant sur le champ de l’hypnothérapie. Et je les aime pour l’hypnothérapie bienveillante qu’ils peuvent faire, mais la diversité du champ leur reste largement inconnue. Il y a des choses passionnantes, des défis et une certaine diversité réelle à déterrer.

En plus d’aider les clients des thérapeutes à remettre en cause leurs croyances, leur faire prendre conscience du biais cognitif et des modèles cognitifs existants qui renforcent leurs problèmes, peut-être que les hypnothérapeutes et les formateurs devraient également se remettre en cause concernant leurs propres croyances et préjugés. Ils devraient s’ouvrir et accueillir les richesse théoriques inconnues de la recherche scientifique.

Vous voyez, je pense que si nous avions remplacé le mot «économistes» par «hypnothérapeutes» dans la citation de George Bernard Shaw, pour que cela donne «si tous les hypnothérapeutes se tenaient par la main, ils n’arriveraient même pas à une conclusion», je ne serai pas d’accord. Parce que, bien qu’en général, il y ait quelques désaccords légers ici et là, les gens ont tendance à penser de la même manière. Ils se conforment souvent, en n’osant pas adopter une pensée critique saine en ce qui concerne ce qu’on leur a enseigné.

 

Traduit de l’anglais